Korea-Africa Summit, June 4, 2024 [cropped], Republic of Korea, Office of the President, Official Photographer : Yang Seung Hak / Flickr, CC BY-NC-SA 2.0.
La diplomatie onusienne de la Corée du Sud entre solidarité et coopération stratégique avec les pays du Sud
Mathilde Judet de la Combe est étudiante au sein du master Analyse et gouvernance internationale des ressources et des risques (AGIR) de Sciences Po Rennes.
Depuis la création de la nation sud-coréenne en 1948 et surtout depuis 1991 et son accession au statut d’État membre de l’ONU, la Corée du Sud utilise le multilatéralisme comme levier stratégique de sa politique publique extérieure. Sur la scène internationale qu’est l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU), le pays tente de se légitimer comme nouvelle puissance et cela passe notamment par sa volonté de s’illustrer dans le domaine du développement et de la coopération avec les pays du Sud.
La success story sud-coréenne, outil diplomatique essentiel
Les orateurs sud-coréens profitent de la tribune de l’AGNU pour mettre en avant une mise en récit de l’histoire et du parcours de développement de la République de Corée. Diverses notions sont mobilisées pour illustrer l’ascension économique et politique du pays comme celle de success story sud-coréenne à partir de la métaphore mystique du “miracle du fleuve Han” faisant référence à la période de croissance économique intensive des années 1960 et 1970. Le pays n’oublie également pas de rappeler le soutien international dont il a bénéficié, s’ancrant alors dans un mécanisme de coopération multilatérale. Cependant, la Corée du Sud omet les critiques émises à l’égard de ce “miracle” économique car bien que le pays ait connu une croissance rapide, cela s’est fait au détriment des classes populaires tout en coïncidant avec une période d’autoritarisme politique. Toutefois, en promouvant ce récit, la Corée du Sud illustre aux pays en développement qu’il est possible de transitionner d’un État dépendant de l’assistance internationale à un État qui fait partie des grandes enceintes de coopération comme le G20 et l’OCDE. Par ailleurs, en s’affirmant comme premier et unique pays ayant transitionné de récipiendaire de l’aide à membre du Comité d’aide au développement de l’OCDE (CAD) en 2009, la Corée du Sud cherche à s’imposer comme acteur pivot entre les pays du Nord et ceux du Sud.
S’engager pour l’accès au numérique
La Corée du Sud dans son objectif de soutien aux pays en développement s’oriente dans la promotion du numérique, domaine dans lequel elle excelle et n’hésite pas à le rappeler. Classée quatrième par l’ONU quant à l’accès et l’utilisation des nouvelles technologies (NTIC) et pour les initiatives gouvernementales envers le numérique, elle affirme vouloir posséder le “leading role” dans ce secteur. En 2005, Ban Ki-moon, orateur pour la Corée du Sud à l’AGNU déclare que le pays souhaite partager son expertise en ouvrant un centre de formation en NTIC pour les pays en développement. L’AGNU sert alors d’incubateur pour le développement et permet à la Corée du Sud de renforcer son rôle sur la scène internationale d’acteur responsable et engagé dans l’accès au numérique, enjeu non traditionnel et contemporain.
Soutenir le continent africain, nouveau terrain de valorisation de l’expertise sud-coréenne
En outre, la Corée du Sud utilise son expérience d’aide au développement en Asie du Sud-Est afin de se projeter en Afrique où elle tente de devenir un modèle et un collaborateur privilégié. En 1997 à l’AGNU, la Corée du Sud assurait vouloir promouvoir la coopération Sud-Sud : “Korea, now a member of the OECD, will participate more vigorously in South-South cooperation projects with a view to playing a bridging role between developed and developing countries.” Et depuis l’entrée du pays au sein du CAD de l’OCDE, son engagement s’accélère. Le pays souligne cet accomplissement dans sa stratégie diplomatique et ses prises de parole à l’AGNU comme en 2024 :“As the first country to transition from an aid recipient to a donor nation, we firmly believe that we can and should be the tide that lifts other boats.” Les allocutions sud-coréennes traduisent une dynamique de coopération en Afrique, portée par des projets d’investissement qui se prolongent avec le sommet Corée-Afrique, annonçant de nouveaux accords économiques et de commerce. Ces engagements témoignent de la volonté sud-coréenne de renforcer ses liens économiques et diplomatiques avec l’Afrique autour de la croissance partagée, de la durabilité et de la solidarité. Toutefois, il ne faut pas oublier que la Corée du Sud, championne mondiale de semi-conducteurs, dépend étroitement des minerais et a donc intérêt à collaborer avec les pays exportateurs et à investir dans leurs activités.
Un engagement stratégique maîtrisé participant à l’image sud-coréenne sur la scène internationale
A la tribune de l’AGNU, la Corée du Sud réaffirme son engagement envers les pays du Sud et notamment ceux du continent africain. Elle projette son modèle de réussite à travers une diplomatie publique orientée vers le développement tout en soutenant un récit historique valorisant. Cette rhétorique de solidarité et de coopération semble réussir à la Corée du Sud qui se place en partenaire de choix au parcours unique pouvant se vanter de comprendre intrinsèquement les enjeux liés au développement. Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’AGNU, en plus d’être une scène, demeure un instrument et que les orateurs sud-coréens ne perdent pas de vue les intérêts stratégiques de leur nation.
Mathilde Judet de la Combe, "Séoul et le Sud global à l’AGNU. La diplomatie onusienne de la Corée du Sud entre solidarité et coopération stratégique avec les pays du Sud". [en ligne], 03.12.2025, https://observatoire-multilateralisme.fr/publications/seoul-et-le-sud-global-a-lagnu/
