Publication - OI

Jane Addams

LE 20.08.2022

Portrait photograph of Jane Addams, seated at desk, holding pen, circa 1914, Library of Congress, Public domain, via Wikimedia Commons.

Militante, travailleuse sociale, fondatrice de la WILPF et lauréate du prix Nobel de la paix

Joudi Mansour

Joudi Mansour est une étudiante en Master Science Politique à l’université de Lille, originaire d’Alep en Syrie.

Mots clés :  Portrait   19ème siècle   femmes   genre   paix   sécurité 

Jane Addams est l’une des femmes militantes les plus influentes du 19ème siècle. Elle a consacré sa vie au service de grandes causes auxquelles elle croyait, comme les droits des femmes, des enfants et des migrants, créant un héritage qui est toujours vivant et florissant. Elle était considérée comme une héroïne pour son travail social, mais son engagement dans le mouvement pacifiste pendant la première guerre mondiale a ruiné son image publique. Néanmoins, les scrutins qu’elle a subis continuent de porter leurs fruits au travers de sa contribution au développement de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (Women’s International League for Peace and Freedom – WILPF) qu’elle a fondée en 1915.

Née en 1860 dans une famille de la classe supérieure de l’Illinois, aux États-Unis, grâce au statut social de sa famille, J. Addams, contrairement à de nombreuses femmes de l’époque, a pu avoir accès à l’éducation supérieure à Rockford Female Seminary et elle y excellait.  Après avoir obtenu son diplôme du Rockford Female Seminary, elle s’est rendue à Londres où elle a visité Toynbee Hall, qui l’a inspirée, et a commencé son travail social en fondant la Hull House, à Chicago. L’objectif de Hull House était de créer un espace où les femmes instruites pouvaient aider les membres les plus précaires de la société en partageant leurs compétences et leurs services.

En plus d’être une membre active du mouvement pour le suffrage des femmes, J. Addams croyait également en la nécessité d’une réforme sociale sur plusieurs aspects de la société. En particulier, elle soutenait les syndicats et a contribué à la mise en œuvre d’une législation protectrice du travail, telle que la journée de travail de huit heures pour les femmes. Elle a également soutenu les droits des migrants et a lutté contre l’inégalité raciale. Elle a ainsi été l’une des figures fondatrices de la National Association for the Advancement of Coloured People (NAAC), qui reste aujourd’hui l’une des plus grandes associations de personnes de couleur aux États-Unis. Par ailleurs, J. Addams a milité pour les droits des enfants, en participant aux mobilisations visant la mise en place d’un système judiciaire pour les mineurs.

Cependant, lorsque la première guerre mondiale a éclaté, J. Addams a limité son engagement dans les différents mouvements sociaux auxquels elle avait participé et elle a concentré son activisme sur la promotion de la paix internationale. En 1915, elle a ainsi été à la tête du parti des femmes pour la paix (Women’s Peace Party). Ce parti visait à promouvoir des moyens pacifiques pour résoudre les désaccords internationaux en faisant pression sur les dirigeants mondiaux tout en protestant contre la violence.

En 1915, J. Addams a rencontré 1135 autres suffragettes de douze nationalités différentes d’Europe et d’Amérique du Nord pour créer le Congrès International des Femmes qu’elle a dirigé. Avec d’autres femmes du Congrès, elle a fondé en 1915 la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (WILPF). Leur objectif était de développer des stratégies de médiation pour mettre fin à la guerre et, ainsi, éliminer les causes profondes des guerres. Après avoir défini ses objectifs, la WILPF a transféré son siège en Suisse afin de se rapprocher du siège de la Société des Nations.

La WILPF est l’une des plus anciennes organisations féminines pour la paix opérant dans le monde. L’organisation fonctionne toujours selon les mêmes convictions qui ont guidé ses fondatrices à sa création. La Ligue est guidée par la conviction que le militarisme, le patriarcat et le néolibéralisme sont des causes interdépendantes qui génèrent des conflits et que le féminisme peut permettre d’éradiquer ces causes. La Ligue est donc un espace où les femmes peuvent discuter de leurs opinions et jouer un rôle actif dans le processus décisionnel dont elles sont souvent exclues.

Les modes d’action de la Ligue sont similaires à ceux utilisés par Jane Adams et ses collègues il y a plus de cent ans. Ces méthodes comprennent l’activisme, le plaidoyer, la sensibilisation, les coalitions, la recherche et l’analyse. La Ligue bénéficie aujourd’hui d’un soutien et d’une reconnaissance qui n’existaient pas pour J. Addams et les activistes de l’époque. En effet, lors de la création de la WILPF en 1915, ses membres ont tenté de trouver une solution pacifique à la guerre et de plaider pour la fin de la violence. À l’époque, avoir une telle attitude reflétait un manque de patriotisme et de loyauté envers la nation et son armée. La Ligue et ses membres ont donc rencontré une opposition brutale. Cette opposition a été amplifiée lorsque la Ligue a publiquement dénoncé le traité de Versailles en 1919. Les membres de la Ligue pensaient en effet que ce traité créait les conditions de haine susceptibles de conduire à une autre guerre. La WILPF a alors estimé que plusieurs dispositions du traité de paix devaient être modifiées pour maintenir la paix. En particulier, la réconciliation était perçue comme un facteur important pour une paix durable, les membres de la Ligue se sont donc opposées à ce que l’Allemagne soit sanctionnée et tenue pour seule responsable de la guerre. En outre, pour garantir la réconciliation, elles ont conseillé à tous les pays de se retirer des territoires occupés afin de s’assurer qu’aucun pays ne recoure à la violence à l’avenir pour récupérer ces territoires. Enfin, elles ont fortement préconisé le désarmement de toutes les nations et pas seulement de l’Allemagne, car la présence d’armes était vue comme dangereuse, quel que soit le pays qui les possédait.

Ces positions étaient très contestées et allaient à l’encontre du dialogue politique nationaliste et patriarcal qui était répandu à l’époque. Les tenants de ces opinions ont donc été extrêmement scrutés. En raison de son engagement dans le mouvement pacifiste des femmes, J. Addams a dû faire face à une vive réaction et à des critiques de la part d’hommes politiques, des médias et de la société en général. Après avoir été saluée pour son travail humanitaire ainsi que ses premiers projets de réforme sociale, J. Addams a ensuite été étiquetée comme une traître radicale et antipatriotique. Le bureau fédéral d’investigation américain (FBI) a ainsi ouvert une enquête sur le WILPF pour trahison et la presse américaine a même attaqué J. Addams comme la « femme la plus détestée d’Amérique ».

Malgré les critiques et le manque de reconnaissance, la WILPF a poursuivi son activisme en luttant pour les droits des femmes et une paix durable. Après avoir constaté les conséquences catastrophiques de la guerre, l’image vilipendée des militants pacifistes comme J. Addams a commencé à changer. En 1931, J. Addams est devenue la première femme américaine à recevoir le prix Nobel de la paix « pour ses efforts assidus en vue de faire revivre l’idéal de paix et de raviver l’esprit de paix dans leur propre nation et dans l’ensemble de l’humanité ».

Longtemps après sa mort, l’héritage de J. Addams se perpétue à travers l’organisation qu’elle a fondée. La ligue continue de travailler pour atteindre les objectifs pour lesquels J. Addams a sacrifié sa vie. Tout au long de sa vie, elle s’est consacrée à la lutte pour l’inclusion des femmes et leur droit d’exprimer leurs opinions politiques. Un siècle plus tard, la Ligue a pris la tête d’une coalition d’organisations pour faire pression sur les Nations unies afin qu’elles adoptent la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité en octobre 2000. La résolution affirme l’importance du rôle des femmes dans le maintien et la construction de la paix tout en exhortant tous les acteurs à accroître la participation des femmes dans les processus de paix. Cette résolution est un pas en avant pour garantir que les femmes ne subiront pas les mêmes conséquences que celles subies par J. Addams et ses camarades lorsqu’elles ont créé la Ligue.

Tout comme les fondatrices de la WILPF ont plaidé pour le désarmement de toutes les nations après la Première Guerre mondiale, leurs successeurs continuent de plaider pour le contrôle des armes. La ligue a été à l’avant-garde de la lutte contre les armes nucléaires depuis les années 1950, ce qui lui a valu d’être la principale ONG de liaison lors de la conférence de révision du traité de non-prolifération nucléaire de 2005.

Pour citer ce document :
Joudi Mansour, "Jane Addams. Militante, travailleuse sociale, fondatrice de la WILPF et lauréate du prix Nobel de la paix". Portrait [en ligne], 20.08.2022, https://observatoire-multilateralisme.fr/publications/jane-addams/