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Alfonso García Robles

LE 25.09.2023

Alfonso García Robles at the public hearing on nuclear weapons and disarmament organized by the World Council of Churches, 25 November 1981Marcel Antonisse for the Dutch National Archives, The Hague, Fotocollectie Algemeen Nederlands Persbureau (ANEFO) / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Père du Traité de Tlatelolco (1967)

Jeanne Dilard

Jeanne Dilard a étudié au sein du master Paix, action humanitaire et développement de Sciences Po Lille, spécialisé dans l’étude de la gestion de conflits et des questions de développement. 

Mots clés :  Portrait   Nucléaire   paix   panaméricanisme   sécurité 

Alfonso García Robles naît en 1911 au Mexique. Prédestiné à être prêtre, il se découvre un attrait pour le droit et entame des études dans ce domaine à l’UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique), puis en Europe. Il passe par Paris et par la Haye où il est diplômé en 1938. Au cours de ses études en Europe, il rédige Panaméricanisme et politique de bon voisinage (1938), témoin de son attrait pour les relations étrangères. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est rappelé par le Mexique pour intégrer le Ministère des Affaires Étrangères. A cette date débute sa carrière de diplomate. 

Alfonso García Robles, figure du panaméricanisme 

Peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il endosse le rôle de Secrétaire à la Conférence de Chapultepec (1945, Mexique) instaurant la sécurité collective des Etats parties, soit quasiment l’ensemble des pays américains. Cette conférence sert de base au Pacte de Rio (1947) qui établit l’assistance réciproque entre les Amériques contre le bloc soviétique. Puis, lorsque le conflit prend fin en 1945, les négociations débutent à San Francisco pour la création des Nations Unies. Le diplomate mexicain est alors Secrétaire des affaires internationales de la Commission de planification pour la paix. A Bogota, en 1948 lors de la IXème Conférence panaméricaine, il représente les Nations Unies et participe à la présentation du Traité sur l’Organisation des Etats Américains. Fort de ces expériences, le Mexique lui propose un poste aux affaires étrangères avant de l’envoyer comme ambassadeur au Brésil. Néanmoins, il revient au sein du Ministère des Affaires Étrangères mexicain jusqu’en 1970. 

La dénucléarisation comme condition de la paix 

L’apport majeur d’Alfonso García Robles est son action en faveur de la paix et de la stabilité mondiale. En 1962 se déroule la crise des missiles cubains. La découverte de missiles soviétiques sur l’île secoue tant le bloc occidental que les pays latino-américains, réticents à l’idée de devenir le théâtre d’une guerre nucléaire. Président de la Commission Préparatoire portant sur la Dénucléarisation de l’Amérique Latine (COPREDAL), Alfonso García Robles devient le père du Traité de Tlatelolco (1967) ratifié par la majeure partie des pays d’Amérique Latine et Centrale. Il crée une zone exempte d’armes nucléaires et dispose l’interdiction du développement, de l’achat et des essais d’armes nucléaires sur le continent. Ce travail lui vaut le Prix Nobel de la Paix en 1982 (en collaboration avec la suédoise Alva Reimer Myrdal). Il devient le premier mexicain à recevoir cette distinction. 

Le diplomate mexicain apporte, avec ce Traité, une importante contribution au droit international et à la politique de paix puisqu’il fixe à la fois des objectifs régionaux et universels. Malgré une difficile mise en œuvre et la réticence de certains (comme l’Argentine, le Brésil ou Cuba), l’Amérique Latine et les Caraïbes deviennent la première zone (habitée) de la planète exempte d’armes nucléaires. Ses effets ne se limitent pourtant pas au seul continent puisqu’à ce Traité sont ajoutés plusieurs protocoles donnant des obligations aux Etats non parties. Par exemple, les 5 Etats dotés d’armes nucléaires (France, Royaume-Uni, ex-URSS, Chine, Etats-Unis) ne doivent pas recourir à la force nucléaire contre les Etats parties au Traité de 1967. 

Traité de Tlatelolco : l’impulsion vers d’autres normes de non-prolifération 

Le Traité précède celui de non-prolifération (1968) et engage le pas aux futures Zones Exemptes d’Armes Nucléaires (ZEAN, au nombre de 6 aujourd’hui). Victoire du multilatéralisme, témoin de la confiance mutuelle des Etats, cet accord est un véritable progrès pour la sécurité. Plus de cinquante ans se sont écoulés, et le défi actuel est la création d’une ZEAN dans la région du Moyen-Orient, région qui selon António Guterres est une « source sérieuse de préoccupations pour le monde entier ». Les négociations sont engagées mais l’avancée reste timide. 

Alfonso García Robles meurt en 1991, laissant derrière lui ses travaux de consolidation de la paix. Le Traité, toujours en vigueur, rallie aujourd’hui l’ensemble des Etats d’Amérique Latine et reste facteur de stabilité. D’autant que la menace nucléaire perdure malgré les avancées. Le travail d’Alfonso García Robles est pertinent dans l’analyse du monde contemporain à l’heure où certains Etats aimeraient un retour des armes nucléaires pour assurer leur sécurité (Par exemple, Eduardo Bolsonaro au Brésil défend un réarmement nucléaire du pays).

Pour citer ce document :
Jeanne Dilard , "Alfonso García Robles. Père du Traité de Tlatelolco (1967)". Portrait [en ligne], 25.09.2023, https://observatoire-multilateralisme.fr/publications/alfonso-garcia-robles/